Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • 1er mai : contre la sauvagerie d'autres siècles

    Pin it!

    à écouter l'émission  ;"une histoire du 1er mai" sur  Polemix Radio

     Quelles sont les origines du 1er mai ?

    Rosa Luxemburg

    3992716853.pngL’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heures [1], est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

    De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

    Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1° mai 1890.

    Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 [2]. A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne [3] de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1° mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

    A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1° mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

    Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1er mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1er mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé. 


     1894 - article publié dans le journal polonais « Sprawa Robotnicza »

    Notes

    1 - L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.
    2 - Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.
    3 - Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

    *

    Chicago, 1884-1886

    En 1884, au cours du IVème congrès de l’American Federation of Labor, les principaux syndicats ouvriers américains se décident à «  imposer avant deux ans à leurs patrons la journée de 8 heures  »

    Les jours qui précèdent le 1er Mai 1886, le mot d’ordre court : «  Samedi prochain les ouvriers doivent défiler ». Environ 200 000 grévistes répondent pacifiquement à cet appel -  plus de 80 000  à Chicago. Certains patrons accordent la journée de 8 heures, d'autres non. 

    Le lundi 3 mai 1886, à Chicago, c’est donc la grève. Devant les usines Mc Cormik la police tire et tue un ouvrier. Le mardi 4 mai  3 000 personnes se joignent à une marche de protestation  place Haymarket.

    Tout se déroule dans le calme jusqu’à l'arrivée de près de 180 policiers. Il est demandé à la foule de se disperser et à ce moment une bombe est jetée dans les rangs de la police tuant huit hommes et en blessant soixante-sept autres. La police riposte : le nombre de morts ne sera jamais divulgué mais on sait que plus de 200 autres seront gravement blessées.

    Les « Martyrs de Chicago » ont des noms : Albert Parsons, August Spies, Michael Schwab,  George Engel, Adolph Fischer, Samuel Fielden, Louis Lingg. Parsons, Fielden, Fischer, Engel vont être pendus tandis que Lingg est suicidé en  prison.  Pendus par un Black Friday le 11 novembre 1887. Depuis, chaque 1er Mai, en dépit de la répression, le prolétaire tente de fleurir les rues pavées de la planète !" ( Jacques-Marie Bourget )

    A Chicago, sur une stèle commémorative du cimetière de Waldheim,  sont inscrites les dernières paroles de August Spies, l'un des condamnés :« Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui .»

    ne-haymarket3.jpg

     *

    Paris - 20 juin 1889

    Exposition universelle commémorant le centenaire de la Révolution française. Congrès international socialiste de fondation de la IIe Internationale

    Ce fut Edouard Anseele, socialiste belge, qui formula l'idée d'une grève internationale le 1er mai associant notamment les travailleurs français et allemands en une action commune. Lors du congrès international socialiste de Paris, Raymond Lavigne, syndicaliste français, déposa une résolution amendée par le dirigeant social-démocrate allemand Gustav Bebel et qui fut adoptée à l'unanimité :

    3992716853.pngIl sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes, les travailleurs mettent, le même jour, les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement la journée de travail à huit heures et d’ appliquer les autres résolutions du Congrès international de Paris.”.

         “ Attendu qu’ une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1er mai 1890 par l’ American Federation of Labor, dans son congrès de décembre 1988, tenu à Saint-Louis, cette date est adoptée pour la manifestation internationale”.

         “ Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur sont imposées par la situation spéciale de leur pays.”

    *
    Fourmies, 1er mai 1891

     Le 1er mai 1891, les organisations ouvrières se préparent par différents moyens, dont la grève,  à obtenir enfin la journée de 8 heures.

    A Fourmies, petite ville textile du Nord de la France, à  10 Heures du matin, Les délégués désignés en Assemblée Générale des Travailleurs et réunis  au Café du Cygne, rue des Eliets, se rendent à la Mairie. Ils ont prévu d'y exposer leurs revendications :

    1. La journée de huit heures ;
    2. L'application de l'unification de l'heure pour la rentrée et sortie des fabriques et la même heure pour toutes, annoncée par la cloche locale ;
    3. Création d'une Bourse du Travail ;
    4. Révision générale des tarifs, suppression des règlements léonins, abrogation des amendes et des mal façons ;
    5. Fixation de la paie tous les huit jours, sans retard laissé dans la caisse des patrons au détriment de l'ouvrier, et l'obligation réciproque de prévenir 8 jours à l'avance en cas de cessation de travail ;
    6. Suppression des octrois ;
    7. Amélioration hygiénique à apporter dans certains ateliers en particulier à Fourmies et sa région.
    8. Création de Caisses de retraites pour les ouvriers.

    En réaction le patronat  menace de licenciement celles et ceux qui arrêteront le travail. Pour lui venir en aide, il obtient du préfet la mobilisation de deux compagnies d'infanterie équipées  du nouveau fusil Lebel  ( 9 balles de calibre 8 mm).

    "Ils avaient espéré épouvanter les ouvriers, mais ils ne purent que les exaspérer. Les plus indifférents furent pris de rage à cette menace qui les poussait à une cessation générale du travail. La quantité d'ouvriers qui ont été le 1er mai an travail fut si infime, que les fabricants durent les renvoyer chez eux."  Paul Lafargue

    En fin de journée,  face aux centaines de manifestants qui tentent d'obtenir la libération de grévistes interpellés dans la matinée et emprisonnés dans la mairie, le commandant Chapus crie : " Feu ! feu ! feu rapide ! Visez le porte-drapeau ! " La troupe s'exécute  tuant en quelques dizaines de secondes 9 manifestants - dont 4 femmes et un enfant - et en blesse une quarantaine d'autres.

    Le Matin, du 5 mai 1891,  dénonce les responsables du drame :

    "Le crime vient de plus haut et de plus loin. Il vient de ces faux apôtres du progrès, philosophes de quatre sous et politiciens de pacotille, qui ont entrepris de réformer les mœurs politiques de la France, en la déshabituant de ses anciennes croyances. C’est l’enseignement matérialiste inauguré par eux dans nos écoles qui engendre ces revendications impatientes et brutales."

    Le Nouvel Éclaireur de l’Oise, du 9 mai juge les enragés :

    "On a tué des femmes et des enfants ! crie-t-on. C’est vrai, c’est très fâcheux, soit ; mais qu’est-ce que ces femmes et ces enfants allaient faire là, s’il vous plaît ? Ils allaient porter aux hommes des pierres et des bâtons pour les jeter sur les soldats ; les femmes étaient là pour exciter les hommes et pour leur servir de bouclier. Tant pis pour eux. " Fallait pas qu’ils y aillent " dit la chanson, et ici la chanson dit vrai."

    Et L'Illustration, du 9 mai, ne cache pas son admiration :

    " C’est le fusil Lebel qui vient d’entrer en scène pour la première fois... Il ressort de ce nouveau fait à l’actif de la balle Lebel qu’elle peut très certainement traverser trois ou quatre personnes à la suite les uns des autres et les tuer. "

    fourmies

    La troupe et la cavalerie le jour des funérailles des victimes.

    " Tout Fourmies participa aux obsèques des neuf cadavres; on refusa l'accès du cimetière au maire et aux conseillers municipaux. Quant aux familles des victimes, elles refusèrent l'argent offert par les autorités municipales pour les frais des funérailles et leurs besoins; les ouvriers apportèrent les sommes recueillies par souscription."  Paul Lafargue 
    Suite aux massacre, un débat parlementaire  s’ouvre à la Chambre des Députés tandis que Culine et Lafargue sont arrêtés. Clemenceau réclame une amnistie générale en s’écriant : " C’est le quatrième Etat qui se lève et qui arrive à la conquête du pouvoir ". L’amnistie est repoussée.

    >  1er Mai 1891: la fusillade de Fourmies - Histoire par l'image

    >  Les effets du fusil Lebel étudiés par les médecins militaires du Val-de-Gâce

    > Sur le site marxists.org, le texte de  Paul lafargue, "La boucherie de Fourmies du 1er mai 1891"

    *

    Paris : manifestations du 1er mai 1906 

    paris 1er mai 1906

    Le Petit Journal

    *

    Pétain à Saint-Étienne, 1er mai 1941

    Le 1er mai 1941, à Saint-Etienne, Philippe Pétain dans son " appel aux travailleurs " récuse la  lutte des classes et encourage la " défense du bien commun et la création de  comités sociaux ". Il énonce les principes de la Charte du travail, promulguée en octobre 1941,  qui interdira les grèves, le lock-out et instaura le système du syndicat unique et le corporatisme.  Le 1er mai n'est plus la fête des travailleurs mais la fête nationale du travail.

    444660826.jpeg

    Appel aux Travailleurs

    OUVRIERS TECHNICIENS PATRONS FRANÇAIS

    3992716853.png Dans mon message du 10 octobre dernier, je vous ai dit que l’on ne peut faire disparaître la lutte des classes, fatale à la Nation, qu’en faisant disparaître les causes qui ont dressé ces classes les unes contre les autres. Ces causes, c’est la menace du chômage, c’est l’angoisse de la misère qu’elle fait peser sur vos foyers. C’est le travail sans joie de l’ouvrier sans métier. C’est le taudis dans la cité laide, où il passe les hivers sans lumière et sans feu. C’est la vie de nomade, sans terre, sans toit. Telle est la condition prolétarienne. Il n’y aura pas de paix sociale tant que durera cette injustice.

    En ce qui concerne l’organisation professionnelle, un texte de loi, si parfait qu’il soit, est impuissant à accomplir une réforme de cette ampleur. La loi ne saurait créer l’ordre social ; elle ne peut que le sanctionner, dans une institution après que les hommes l’ont établi. Le rôle de l’Etat doit se borner ici à donner à l’action sociale son impulsion, à indiquer les principes et le sens de cette action, à stimuler et orienter les initiatives. En réalité, les causes de la lutte des classes ne pourront être supprimées que si le prolétaire qui vit aujourd’hui, accablé par son isolement, retrouve, dans une communauté de travail, les conditions d’une vie digne et libre, en même temps que des raisons de vivre et d’espérer.

        Cette communauté, c’est l’entreprise. Sa transformation peut, seule, fournir la base de la profession organisée, qui est elle même une communauté de communautés. Cela exige qu’une élite d’hommes se donnent à cette mission. Ces hommes existent parmi les patrons, les ingénieurs, les ouvriers. C’est à eux d’abord que je fais appel, je leur demande:

           1°- De se pénétrer de la doctrine du bien commun au dessus des intérêts particuliers, de s’instruire des méthodes d’organisation du travail capables de permettre à la fois un meilleur rendement et plus de justice, en donnant à chacun sa chance dans l’entreprise et dans la profession.

         2°- De s’informer des réalisations sociales qui existent déjà et que des hommes clairvoyants et généreux ont su accomplir, en dépit des difficultés de tous ordres qui, dans le passé, entravaient leurs efforts.

    Ainsi, peu à peu, et par l’action de tous, une œuvre définitive s’accomplira sous l’autorité et avec l’encouragement de l’Etat. Pour entreprendre cette œuvre fondamentale qui sera la vôtre, une large enquête sera faite, à laquelle prendront part tous ceux qui veulent se dévouer à la grande cause de la paix sociale dans la justice. Tous les travailleurs, qu’ils soient patrons, techniciens, ouvriers, sont aux prises chaque jour avec des difficultés nouvelles, conséquences de la situation présente de notre pays. .

    Il est donc urgent qu’ils aient la possibilité de défendre leurs intérêts légitimes, d’exprimer leurs besoins et leurs aspirations. Il est indispensable de créer des organismes qui puissent résoudre vite les questions posées ou s’ils ne peuvent les résoudre eux-mêmes, donner à l’Etat des moyens de le faire, sans que ses décisions soient paralysées par une connaissance insuffisante des problèmes ou par une organisation administrative trop lente à se mouvoir.

    Tel devra être l’objet d’une première loi sur l’organisation professionnelle. Cette loi créera des organismes simples qui ne seront pas des organisations de classe, mais des comités sociaux où, patrons, techniciens et ouvriers rechercheront ensemble les solutions des problèmes actuels dans une commune volonté de justice, dans le souci constant d’apaiser par l’entraide les misères et les angoisses de l’heure.

    TRAVAILLEURS FRANÇAIS, JE VOUS DEMANDE D’ENTENDRE MON APPEL. SANS VOTRE ADHÉSION ENTHOUSIASTE A L’ŒUVRE DE RECONSTRUCTION SOCIALE, RIEN DE GRAND NE PEUT ÊTRE FAIT. SACHEZ VOUS Y DONNER AVEC UN DÉSINTÉRESSEMENT TOTAL.

    OUVRIERS, mes amis, n’écoutez plus les démagogues. Ils vous ont fait trop de mal. Ils vous ont nourris d’illusion. Ils vous ont tout promis. Souvenez-vous de leur formule : " le pain, la paix, la liberté ". Vous avez eu la misère, la guerre et la défaite. Pendant des années, ils ont injurié et affaibli la patrie, exaspéré les haines, mais ils n’ont rien fait d’efficace pour améliorer la condition des travailleurs, parce que, vivant de leur révolte, ils avaient intérêt à encourager ses causes.

    INGÉNIEURS, vous avez pensé trop souvent qu’il vous suffisait de remplir avec conscience votre fonction technique. Vous avez plus à faire, car vous n’êtes pas seulement des techniciens, vous êtes des chefs. Comprenez bien le sens et la grandeur du nom chef. Le chef, c’est celui qui sait à la fois se faire obéir et se faire aimer. Ce n’est pas celui qu’on impose, mais celui qui s’impose. N’oubliez pas que pour commander aux hommes, il faut savoir se donner.

    PATRONS, parmi vous, beaucoup ont une part de responsabilité dans la lutte des classes. Votre égoïsme et votre incompréhension de la condition prolétarienne ont été trop souvent les meilleurs auxiliaires du communisme. Je ne vous demande pas de renoncer à tirer de vos entreprises le bénéfice légitime de vos activités, mais je vous demande d’être les premiers à comprendre vos devoirs d’hommes et de Français.

    Ouvriers, techniciens, patrons, si nous sommes aujourd’hui confondus dans le malheur, c’est qu’hier vous avez été assez fous pour vous montrer le poing. Cherchez, au contraire, à vous mieux connaître. Vous vous en estimerez davantage, vous aurez confiance les uns dans les autres, vous résoudrez ensemble le grand problème du travail et de l’ordre social. Renoncez à la haine, car elle ne crée rien ; on ne construit que dans l’amour et dans la joie. En faisant de la France une société humaine, stable, pacifiée, vous serez les meilleurs artisans du redressement de la Patrie."

    319.jpg

     
     
     
  • Projet de loi Renseignement : légaliser la surveillance totale ? NON !

    Pin it!

    oeil.png

    https://sous-surveillance.fr/#/

    3992716853.pngLe 5 mai, les députés sont appelés à voter le projet de loi renseignement. Les débats ont eu lieu du 13 au 16 avril dans le cadre de la procédure d'urgence. A l’issue de cet examen, le texte soumis au vote consacre un dispositif liberticide, qui expose tous les citoyens à la surveillance des services de renseignement, quasiment sans contrôle, et met en danger toutes les mobilisations sociales et politiques.

    • Légalisation massive des pratiques illégales des services de renseignement, permettant une surveillance large et très intrusive pour la vie privée des citoyens.
    • Extension du champ d'action du renseignement intérieur et extérieur, y compris dans des objectifs sans aucun lien avec le terrorisme.
    • Collecte généralisée des données sur Internet, traitées par des algorithmes.
    • Surveillance sans aucun contrôle des communications qui passent par l’étranger, alors que de très nombreux serveurs utilisés par des Français sont installés à l’étranger.
    • Conservation très longue des données collectées.
    • Contrôle des services de renseignement aux seules mains du pouvoir politique (premier ministre), avec avis consultatif d’une commission.

    La communication gouvernementale ne doit pas nous tromper : en fait d'encadrement, ce projet entérine les pratiques illégales des services et met en place, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte donne aux services de renseignement des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et le respect de la vie privée.

    Tous les citoyens sont concernés : ce projet qui assoit encore davantage la criminalisation de l’action syndicale ou sociale est une menace pour les libertés politiques et les mobilisations à venir. La liberté et la sûreté, droits naturels et imprescriptibles reconnus par la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen sont en péril.

    > https://sous-surveillance.fr/#/

     

    #PJLRenseignement

    #STOPLoiRenseignement

    Capture_decran_2015-04-24_a_17.38.34.png

    Les organisations qui appellent au rassemblement
    4 mai à 18h30, Place des Invalides.

    Voici une liste des événements auxquels vous pouvez participer :

    - Le lundi 4 mai, à partir de 18h30, l'esplanade des Invalides : Rassemblement contre le projet de loi renseignement, organisé par l'Observatoire des libertés et du numérique. Venez nombreux !

    - Le lundi 4 mai, à partir de 9h30, au Tank (22bis rue des Taillandiers, Paris XIème) : une séance d'appels téléphoniques aux députés.
    Pour plus d'informations : https://www.facebook.com/events/1567093643545055/

    - Le lundi 4 mai, à partir de 16h00 : "Six heures contre la surveillance", organisé par Mediapart.
    Pour plus d'informations : http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/240415/4-mai-mediapart-organise-les-six-heures-contre-la-surveillance

    ​Quelques informations sur les événements dans plusieurs régions sont à retrouver ici : https://wiki.laquadrature.net/PJL_relatif_au_renseignement/4mai

    Ne lâchons rien ! Nos libertés sont en danger.

    Bien à vous,
    Katerina RYZHAKOVA & Thomas GUÉNOLÉ

    Le texte de la  pétition en ligne exigeant le retrait du projet de loi

     

     

     

    Vous n’allez pas voter ça !

    Devant la gravité des menaces contre les libertés publiques et contre la liberté d'informer et d'être informé, contenues dans le projet de loi sur le Renseignement, compte tenu du calendrier très court voulu par le gouvernement, le SNJ vous propose d’interpeller les parlementaires et d’adresser cette lettre type à vos élus régionaux républicains, de quelque étiquette politique qu’ils se revendiquent.

    Le SNJ a déjà réagi seul et en coordination avec les défenseurs des libertés en France : Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty International, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des avocats de France, La Quadrature du Net, le MRAP etc.
    Cette lettre est une des étapes de notre lutte pour la défense des libertés des citoyens, des journalistes, des lanceurs d'alerte et des syndicalistes.
    Elle n'est pas réservée aux seuls journalistes. Vous pouvez largement en faire bénéficier votre entourage et vos contacts peuvent signer, sans limites...
    À condition de faire vite !

    Pour les député(e)s, impérativement avant le 4 mai, date de la manifestation nationale d’opposition, à Paris, et veille du vote de la loi à l’Assemblée Nationale.

    Par mail, c'est rapide et simple. Par tweet, Facebook etc.

     Paris, le 28 Avril 2015

    arton3902-51e4b-09cab.jpg

    ATTAC

    CDsv0pTWoAABWKG.png

  • Dette grecque : tout bénéfice pour les créanciers

    Pin it!

    La " Troïka", constituée par l'Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE), impose aux gouvernements de faire des économies. Il s'agit en fait de rembourser la dette des banques et des spéculateurs; il s'agit donc de mettre en place des plans de régression sociale sans précédent sur fond austérité permanente, de destruction complète des conquêtes sociales et d'abandon de toute souveraineté nationale. En Grèce , " L’intervention de forces transnationales qui portent depuis au moins trente ans le projet de déconstruction de l’Etat social est ainsi relayée au niveau national par des acteurs longtemps partie prenante d’un système clientéliste, inefficace et corrompu. "(Noëlle Burgi)

    ob_b7df5f_grece-dette.png

    Restructuration de la dette grecque : bénéfice sur toute la ligne pour les créanciers.

    Pour lire ou imprimer l’étude de Xavier Dupret, économiste belge.
    ttp://www.m-pep.org/IMG/pdf/150426_xavier_dupret_dette_grecque.pdf

    Etude diffusée par le Mouvement politique d’émancipation populaire (MPEP) avec l’accord de l’auteur.
     
    Le 27 avril 2015.
     
    Les relations tumultueuses du gouvernement grec avec ses créanciers font couler beaucoup d’encre. Un mythe, à gauche, veut par exemple que les créanciers aient presque totalement effacé le coût de la restructuration de la dette grecque. Cette conclusion repose sur une observation superficielle de l’accord conclu en avril 2010 entre le gouvernement grec et ses créanciers. A cette époque, comme d’ailleurs aujourd’hui, cinq ans après, en avril 2015, le gouvernement grec était au bord de la cessation de paiement. Il avait demandé l’assistance du FMI. De violentes mesures d’austérité étaient alors prises en contrepartie de cette « aide ».
     
    L’étude de Xavier Dupret montre que les créanciers privés d’Athènes ont en réalité retiré, aux termes de l’opération, plus qu’ils n’ont été contraints à devoir lâcher initialement, l’accord a été très profitable pour eux.
     
    La croissance négative du PIB (-25%) explique, pour la plus grande partie, la détérioration des finances publiques de ce pays, provoquée par les politiques d’austérité. Or la dette grecque est impayable, l’économie grecque, dans son ensemble est insolvable. Sans sortie de l’Union européenne et de l’euro, la Grèce ne pourra jamais se redresser.

    > Xavier Dupret, sur Agoravox :  http://www.agoravox.fr/auteur/xavier-dupret

    *

    Gabriel Colletis : « Les Grecs préféreront vivre libres et pauvres qu’asservis par la dette » - CADTM

     7 avril par Gabriel Colletis , Coralie Delaume

    "La principale erreur de Tsipras aura été de ne pas décider d’un moratoire sur le paiement de la dette et des intérêts. Ayant accepté de les honorer, le nouveau gouvernement s’est mis lui-même dans une situation financière très difficile, bien sûr aggravée par les décisions de la Banque centrale européenne."

    *

     " La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ? "

    http://www.dette2000.org/data/File/DetteOdieuse.pdf

     3992716853.pngUne doctrine de droit :

    La dette odieuse est une doctrine de droit, théorisée en 1927 par Alexander Sack, ancien ministre russe de Nicolas II et professeur de droit à Paris. Selon lui, « si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. »

     Cette doctrine cherche à formaliser la responsabilité des créanciers. Si ceux-ci connaissent les desseins de l’emprunteur, ils commettent « un acte hostile à l’égard du peuple » et s’exposent eux-mêmes au risque de non-remboursement si le régime est déchu. Ils ne peuvent donc réclamer leur dû. Certains préfèrent parler de « prêts odieux » plutôt que de « dette odieuse » pour insister sur la responsabilité des créanciers.

     3 critères pour définir une dette odieuse

     De nombreux auteurs ont cherché à rendre la doctrine de la dette odieuse opérationnelle au niveau juridique. La forme la plus aboutie définit une dette odieuse par la concordance de trois critères :

    1. Absence de consentement : la dette a été contractée contre la volonté du peuple.
    2. Absence de bénéfice : les fonds ont été dépensés de façon contraire aux intérêts de la population.
    3. Connaissance des intentions de l’emprunteur par les créanciers.

    Si l’un des critères n’est pas respecté, on ne peut pas parler de dette odieuse. Il en est ainsi d’une dette utilisée par un despote pour construire des hôpitaux ou de créances détournées par un régime démocratique. On pourra débattre de leur caractère illégitime, mais non les définir comme odieuses. "

    *

    " Les dettes illégitimes : quand les banques font main basse sur les politiques publiques (François Chesnais) "- sur le site du NPA ( juin 2011) et sur le site de l'éditeur Raisons d'agir :

    " De nombreux pays européens — la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, voire la France —  auraient, nous dit-on, vécu " au-dessus de leurs moyens ". Parce qu’ils ne taxent pas la fortune et le capital et qu’ils ne luttent pas contre l’évasion fiscale vers les paradis fiscaux, les gouvernements se sont effectivement lourdement endettés auprès des fonds de placement étrangers, mais aussi des banques européennes. Celles-ci ont des bilans fragiles. Elles ont créé trop de crédit par rapport à leurs dépôts et fonds propres. Elles ont été sauvées à l’automne 2008. Elles exigent de l’être une seconde fois. Les politiques de rigueur budgétaire et de réduction salariale exigées par l’Union européenne, la BCE et le FMI sont socialement injustes. Elles enfoncent l’Europe dans la récession.

    Se pose ainsi la question de l’annulation des dettes publiques et dans la foulée celle de la socialisation des banques, BCE incluse. Certains plaident pour le rééchelonnement des dettes. Dans ce livre, c’est leur dénonciation qui est défendue.

    Francois Chesnais est professeur associé à l’Université Paris 13. Économiste et militant, spécialiste de la globalisation financière et de ses effets, il est l’auteur de la Mondialisation du capital, paru chez Syros en 1994. "

  • Le godemichet de la gloire : la colonne Vendôme

    Pin it!

    " Un monument de barbarie, un symbole de force brutale et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité" ( La Commune)

      colonne vendôme

    E. Rouargue. 1846

    La place Vendôme s'ornait le 10 août 1792 d'une statue de Louis XIV renversée en même temps que la royauté.
    Après les campagnes de Napoléon, on édifia une colonne ornée de bas-reliefs en bronze qui glorifiaient les victoires de 1806. En 1810, l'ensemble fut couronné d'une statue de l'empereur en César,  parodiant ainsi la tradition  romaine du trophée.
    En 1814, La Restauration déboulonnait le tyran. Puis la monarchie de Juillet qui lui succédait en la personne de Louis-Philippe Ier en posait  une nouvelle : le 28 juillet 1833, la statue en pied de Napoléon I était inaugurée en présence du roi. Elle représentait l'empereur dans  la tenue légendaire  de Petit caporal : redingote et chapeau.
    En 1863, Napoléon III estimant que la statue est en péril le fit déposer.

    3992716853.pngL'embarrassante redingote grise érigée par Louis-Philippe avait été reléguée à Courbevoie en qualité de borne  fontaine, on parlait même de poser un robinet dans le dos du grand homme pour humilier les d'Orléans. On a compris depuis que du sublime au ridicule il ne restait plus qu'un demi pas, et des ingénieurs spéciaux sont en train de chercher pour ce bronze dédaigné un axe qui permette au soleil de se coucher dans le bas des reins du vainqueur d'Austerlitz, de façon à lui composer, vers huit heures du soir en été, et quatre heures, quatre heures et demie en hiver, une petite auréole de vingt-cinq minutes. " Rochefort, La lanterne

    La redingote est remplacée par un nouvel empereur qui renoue avec les meilleures traditions :

    " Si comiquement drapé à l'antique, que, le soir, sous les rayons de la pâle Phœbé, on le prend volontiers pour une blanchisseuse qui revient du lavoir."  Rochefort - La lanterne

    La colonne est baptisée successivement : "colonne d'Austerlitz", "colonne de la Victoire " ou encore "colonne de la Grande Armée".

    3992716853.pngLa Ville de Paris a son grand mât tout de bronze, sculpté de victoires, et pour vigie Napoléon. Cette nauf a bien son tangage et son roulis ; mais elle sillonne le monde, y fait feu par les cent bouches de ses tribunes, laboure les mers scientifiques, y vogue à pleines voiles, crie du haut de ses huniers par la voix de ses savants et de ses artistes : —" En avant, marchez ! suivez-moi ! " Elle porte un équipage immense qui se plaît à la pavoiser de nouvelles banderoles. Ce sont mousses et gamins qui rient dans les cordages;  lest de lourde bourgeoisie ; ouvriers et matelots goudronnés ; dans ses cabines, les heureux passagers , élégants midshipmen fumant leurs cigares ; puis sur le tillac, ses soldats, novateurs ou ambitieux qui vont aborder à tous les rivages, et qui, tout en y répandant de vives lueurs, demandent ou de la gloire qui est un plaisir, ou des amours qui veulent de l'or. "

     Honoré de Balzac, La Fille aux yeux d’or -1834-1835

     jan8_anonyme_001f.jpg
    Napoléon de la colonne - 1833

    Le gland qu'on abat 

    3992716853.pngDéjà une fois, les orages ont arrachés du faîte de la colonne Vendôme l’homme de fer qui pose sur son fût et en cas que les socialistes parvinssent au gouvernement, le même accident pourrait lui arriver une seconde fois, ou bien même la rage d’égalité radicale serait capable de renverser toute la colonne afin que ce symbole de gloire fût entièrement rasé de la terre. "  Heinrich Heine

    220px-PereDuchesneIllustre1_1_0.png

    En 1870, dans les jours qui suivent la déchéance du second Empire et la proclamation de la République,  le peintre Gustave Courbet émet le souhait, dans une réunion d'artistes, de déboulonner le  " monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine."

     Paris, 14 septembre 1870

    Proposition aux membres du gouvernement et de la Défense nationale

    Le Citoyen Courbet, président de la commission artistique préposée à la conservation des musées nationaux et objets d'art, nommé en assemblée générale des artistes,Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer, par son expression, les idées de guerre et de conquêtes qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d'une nation républicaine, attendu qu'il est par cela même antipathique au génie de la civilisation moderne et à l'union de fraternité universelle qui désormais doit prévaloir parmi les peuples, attendu aussi qu'il blesse leurs susceptibilités légitimes et rend la France ridicule et odieuse aux yeux de la démocratie Européenne, émet le vœu :

    Que le gouvernement de la défense nationale veuille bien l'autoriser à déboulonner cette colonne ou qu'il veuille bien lui-même en prendre l'initiative en chargeant de ce soin l'administration du musée d'Artillerie et en faisant transporter les matériaux à l'hôtel de la Monnaie.

    Il désire aussi que cette mesure soit appliquée à la statue qui a été déplacée et qui actuellement est exposée à Courbevoie, avenue de la Grande Armée.

    Il désire enfin que ces dénominations de rues qui rappellent pour les uns des victoires, des défaites pour les autres, soient rayées de notre capitale pour être remplacées par les noms des bienfaiteurs de l'humanité ou bien par ceux qu'elles pourraient tirer de leur situation géographique. 

    Gustave Courbet - Correspondance de Courbet, Flammarion, p.342.

    Le 12 avril 1871, sur proposition de Felix Pyat,  la Commune vote le décret suivant :

    « La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brutale et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète :

    Article unique. La colonne de la place Vendôme sera démolie ».

    colonneVendome1871.jpg

    La technique de destruction adoptée est celle de "l’entaille en sifflet" qu'utilise les bûcherons pour abattre les grands arbres...

    16 mai 1871, la colonne est abattue.

    " Sur un lit de fumier"

    3992716853.pngL'ingénieur chargé de la démolition s'était engagé, ce au nom du " club positiviste de Paris ", par un contrat longuement motivé, à exécuter cele 5 mai, jour anniversaire de la mort de Napoléon, le jugement prononcé par l'histoire et édicté par la Commune de Paris contre Napoléon 1er." On lui débauchait souvent ses ouvriers et l'opération fut retardée jusqu'au 16.  Ce jour, à deux heures, une foule remplissait les rues voisines fort inquiètes, car. on prédisait toutes sortes de catastrophes. L'ingénieur, lui, s'était déclaré par son contrat ce en mesure d'éviter tout danger ". Il avait scié la colonne horizontalement un peu au-dessus du piédestal. Une entaille en biseau devait faciliter la chute en arrière sur un vaste lit de fagots, de sable et de fumier accumulé dans l'axe de la rue de la Paix. Un câble attaché au sommet de la colonne s'enroule autour du cabestan fixé à l'entrée de la rue.

    La place est remplie de gardes nationaux; les fenêtres, les toits, de curieux. A défaut de Jules Simon et Ferry, partisans naguère du déboulonnement, Glais-Bizoin, l'ex-délégué à Tours, félicite le nouveau délégué à la police Ferré, qui vient de remplacer Cournet, et lui confie que son ardent désir depuis quarante ans est de voir démolir le monument expiatoire. Les musiques jouent la Marseillaise. Le cabestan vire, la poulie se brise, un homme est blessé. Des bruits de trahison circulent. Une nouvelle poulie est bientôt installée. A cinq heures, un officier paraît sur la balustrade, agite longtemps un drapeau tricolore et le fixe à la grille.

    A cinq heures et demie, le cabestan vire de nouveau. Quelques minutes après, César oscille et son bras chargé de victoires vainement bat le ciel. Le fût s'incline, d'un coup se brise en l'air avec des zigzags et s'abat sur le sol qui gémit. La tête de Bonaparte roule et le bras homicide git détaché du tronc. Une acclamation comme d'un peuple délivré jaillit de milliers de poitrines. On se rue sur les ruines et, salué de clameurs enthousiastes, le drapeau rouge se plante sur le piédestal. Le peuple voulait se partager les débris de la colonne. La Monnaie s'y opposa sous raison de gros sous. L'un des premiers actes de la bourgeoisie victorieuse fut de relever ce bâton énorme, symbole de sa souveraineté.

    Pour remonter le maître sur son piédestal, il fallut un échafaudage de trente mille cadavres. Comme les mères du premier Empire, combien de celles de nos jours n'ont pu regarder ce bronze sans pleurer !  "

    Histoire de la Commune de  1871 -  Lissagaray - p. 289
     

     ccDisderi_41.jpg

    Le lendemain, dans le journal officiel de la Commune, on peut lire :

    3992716853.png Le décret de la Commune de Paris qui ordonnait la démolition de la colonne Vendôme a été exécuté hier, aux acclamations d'une foule compacte, assistant sérieuse et réfléchie à la chute d'un monument odieux, élevé a la fausse gloire d'un monstre d'ambition.
    La date du 26 floréal sera glorieuse dans l'histoire, car elle consacre notre rupture avec le militarisme, cette sanglante négation de tous les droits de l'homme.

    Le premier Bonaparte a immolé des millions d'enfants du peuple et sa soif insatiable de domination ; il a égorgé la République après avoir juré de la défendre fils de la Révolution, il s'est entouré des privilèges et des pompes grotesques de la royauté; il a poursuivi de sa vengeance tous ceux qui voulaient penser encore ou qui aspiraient a être libres; il a voulu river un collier de servitude au cou des peuples, afin de trôner seul dans sa vanité, au milieu de la bassesse universelle : voilà son œuvre pendant quinze ans.

    Elle a débuté, le 18 brumaire, par le parjure, s'est soutenue par le carnage, et a été couronnée par deux invasions ; il n'en est resté que des ruines, un long abaissement moral, l'amoindrissement de la France, le legs du second Empire commençant au Deux-Décembre, pour aboutir à la honte de Sedan. La Commune de Paris avait pour devoir d'abattre ce symbole du despotisme elle e l'a rempli. Elle prouve ainsi qu'elle place le droit au-dessus de la force et qu'elle préfère la justice au meurtre, même quand il est triomphant.

    Que le monde on soit bien convaincu les colonnes qu'elle pourra ériger ne célébreront jamais quelque brigand de l'histoire, mais elles perpétueront le souvenir de quelque conquête glorieuse dans le champ de la science, du travail et de la liberté."
     
    Dans le chapitre de l'Histoire socialiste, consacré à la Commune, Jean Jaurès écrit :

    3992716853.pngLe 16 mai, la Commune jetait bas, aux applaudissements d’une foule immense, l’homme de bronze de la Place Vendôme, le Napoléon d’Auslerlitz et d’Iéna, de Wagram et d’Eylau qui, pendant quinze ans, avait passé, en les broyant, sur le ventre des nations. La colonne orgueilleuse tombait et se brisait en morceaux sous les yeux d’une part de l’armée française commandée par les généraux bonapartistes qui assiégeait Paris, d’autre part des armées prussiennes qui, deux mois auparavant, avaient investi et pris ce même Paris. On a bassement accusé la Commune à ce propos d’avoir cédé volontairement ou involontairement à des suggestions bismarckiennes et allemandes. Cette vilenie ne mérite même pas d’être relevée. En réalité la Commune, interprète de la conscience universelle, ne distinguait pas entre vainqueurs de l’avant-veille et vainqueurs de la veille, entre conquérants nationaux et asservisseurs étrangers ; elles les confondait les uns et les autres dans la même réprobation et la même exécration, couchant la gloire de Guillaume avec celle de Bonaparte, comme toute gloire militaire, sur le même lit de fumier."

    La nouvelle colonne

    3 ans après la défaite de la Commune, en mai 1873, le comte de Mac-Mahon, duc de Magenta,  Maréchal de France et  nouveau président d'une république qui ressemble à une monarchie, décide la reconstruction de la colonne pour la somme de 323 091 francs et 68 centimes  ( plus d’ 1 million d’euros).

    Le pouvoir versaillais attribue abusivement la responsabilité de cette démolition à Gustave Courbet.  On lui accorde  généreusement des facilités de paiement : 10 000 francs-or par an pendant 33 ans

    Le peintre, déjà condamné à une amende et à six mois de prison, ruiné après la chute de la Commune, tous ses biens frappés de séquestre par le Trésor, banni de son village, interdit de Salon par Meissonier, finit  par demander asile à la Suisse. En Juillet 1873 il se fixe sur les bords de Léman où il mourra le 31 décembre 1877 avant d’avoir jamais payé la première traite.

    Dans un des ses poèmes libertins, Le Godemichet de la gloire, Théophile Gautier ridiculise l’œuvre :

    Un vit sur la place Vendôme
    Gamahuché  par l' aquilon
    Décalote son large dôme
    Ayant pour gland Napoléon.
    Veuve de son fouteur, la Gloire,
    La nuit dans son con souverain,
    Enfonce — tirage illusoire ! —
    Ce grand godemichet d'airain...

                          "Vidua et Orbata"

    " Madame la Gloire ne pouvant plus combler l’abîme de son veuvage, vient de faire appel à la sensibilité de MM. les membres de l’assemblée de Versailles, lesquels l’ont renvoyée à Courbet, d’Ornans, maître peintre, condamné à rafistoler et redresser l’engin phallique de la dite dame, méchamment mis en capilotage par la Commune." Théophile Gauthier -Poésies libertines

    Actuellement, au sommet de la colonne Vendôme, le gland, Napoléon soi-même en pied, trône toujours.

    L' œuvre verte et gonflable de l'artiste américain Paul McCarthy, s'intitulant Tree (arbre) n'a pas été du goût de tout le monde. La sculpture éphémère, érigée sur la place Vendôme en octobre 2014 à l'occasion de la Foire internationale d'art contemporain, voulait sans doute répondre au gland impérial par sa forme suggestive où des spécialistes ont vu un plug anal.

    atlantico.fr_mccarthy_tree_plug_vendome.jpeg

    *

    > Gustave Courbet (1819-1877) : une biographie, Musée d'Orsay

    > "La chute de la colonne Vendôme : 16 mai 1871 : un après-midi pas comme les autres", sur le site Terre des écrivains

    > Le colonne Vendôme - 16 mai 1871. Raspouteam.org 

    > Prosper-Oliver Lissagaray (1838-1901) Histoire de la Commune de 1871 (Edition de 1929)

    > "La Colonne Vendôme déboulonnée,  Histoire par l'image

    >" Napoléon sur la colonne - Histoire par l'image

    > "Gustave Courbet et la Colonne Vendôme", sur le site consacré à Julien Descaves, journaliste et écrivain.

    >  "Cette chute de la colonne Vendôme..."  Par Bernard Vassor

    >  "Le bicentenaire de la colonne Vendôme" - 2010  France-Culture

    >  Poésies libertines de Théophile Gautier  sur Wikisource
  • Qatar : travail forcé et réduction en servitude

    Pin it!

    Vinci, géant mondial de la construction, et fierté de l'industrie française est l'un des industriels les plus présent au Qatar. Il vient d'être visé par une plainte pour travail forcé et réduction en servitude par l'association Sherpa, au terme d'une enquête de terrain minutieuse révélant, preuves à l'appui, la violation des droits fondamentaux des migrants.

    3992716853.pngQatar : Les travailleurs migrants sont victimes de graves abus Comparativement à ses voisins, le Qatar fait face à un faible niveau de dissidence à l’intérieur du pays, mais depuis l'acceptation de sa candidature en tant que pays hôte de la Coupe du Monde de la FIFA en 2022, il fait l'objet de vives critiques internationales concernant le traitement des travailleurs migrants qui sont à la fois mal payés et exposés au risque d’abus. Malgré ces critiques, le Qatar n’a toujours pas réformé de manière significative sa législation du travail, qui continue à faciliter le trafic de main d’œuvre et le travail forcé. Le Qatar jouit de la réputation de centre de la liberté des médias dans la région, mais une nouvelle loi sur la cybercriminalité représente une grave menace pour la liberté d'expression

    Références 

    « Mondial 2022 : des chantiers toujours aussi meurtriers » - Le Figaro 26 décembre 2014

    « Interview de Marie Laure Guislain, association Sherpa » - mars 2015

     

    « Football : le Qatar mérite-t-il la Coupe du Monde-2022 ? » France24 vidéo - mars 2014


    « Mondial au Qatar : près de 400 Népalais morts sur les chantiers »
    Le Monde - 24 janvier 2014

     Procès en diffamation contre Sherpa

    3992716853.pngWilliam Bourdon, président de Sherpa, et sa directrice, Laetitia Liebert, reviennent sur l'affrontement entre l'ONG et la multinationale du BTP. Vinci, poursuivi pour «travail forcé» de migrants au Qatar, intente un procès en diffamation.
    > Libération «Les dirigeants de Vinci voulaient un procès, ils auront un contre-procès»

    3992716853.pngSuite à la plainte que nous avons déposée contre Vinci Construction Grands Projets et sa filiale Qatarie le 23 mars pour travail forcé et réduction en servitude, Vinci porte plainte pour diffamation contre l’association Sherpa, mais aussi personnellement contre certains employés de Sherpa. En nous engageant dans cette procédure coûteuse, Vinci cherche clairement à nous pousser au retrait de notre plainte faute de moyens. Malgré l’ampleur des sommes demandées, nous sommes néanmoins satisfaits que les problématiques des violations des droits de l’homme commises à l’étranger par des multinationales françaises soient remises au cœur du débat public. "
    > Association Sherpa

    Vinci_au_qatar.jpg

    Pétition en ligne :  https://www.powerfoule.org/

    " Exigeons une enquête sur Vinci,
    accusé de travail forcé au Qatar "

    3992716853.pngIls sont plus d'1 million à venir des Philippines, d'Inde, du Népal ou du Bangladesh sur la promesse d'un salaire alléchant. Beaucoup ne trouvent que la mort. Les autres sont forcés à travailler dans des conditions terribles, et risquent leur vie au quotidien dans des chantiers d'infrastructure gigantesques pour un salaire de misère. Ca se passe au Qatar, pays le plus riche du monde, pour la construction du mondial de foot en 2022.

    Vinci, géant mondial de la construction, et fierté de l'industrie française est l'un des industriels les plus présent au Qatar. Il vient d'être visé par une plainte pour travail forcé et réduction en servitude par notre partenaire Sherpa, au terme d'une enquête de terrain minutieuse révélant, preuves à l'appui, la violation des droits fondamentaux des migrants.

    Demandons à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, de diligenter une enquête pour faire toute la lumière sur les responsabilités de Vinci.

    Signez la pétition et partagez-la!

    « Je suis pris au piège, QDVC a confisqué mon passeport, je ne peux pas changer d'employeur ».

    3992716853.pngLes salariés travaillent non seulement dans des conditions indignes et dangereuses mais ils sont pris au piège sous la menace de représailles de QDVC, filiale de Vinci au Qatar. Les passeports sont confisqués par l'entreprise et les travailleurs sont menacés de licenciement s'ils revendiquent leur droit à de meilleures conditions de travail ou de logement, ou s'ils désirent démissionner ou changer d'employeur. Ils sont ainsi contraints d'accepter des conditions de travail sans rapport avec la rémunération qu'ils reçoivent.
    Vinci, vitrine française à l'international, ne peut ignorer la gravité de ces éléments constitutifs de travail forcé et réduction en servitude.

    La France ne peut pas être complice d'une coupe du monde 2022 placée sous le signe de l'exploitation et doit donc demander aux multinationales françaises, aussi emblématiques que Vinci, d'être exemplaires en matière de droits de l'homme à l'étranger, le consommateur français a aussi le droit de pouvoir utiliser les services du groupe Vinci sans contribuer contre son gré à la violation de droits fondamentaux. La loi sur le devoir de vigilance des multinationales, pour laquelle nous nous battons et qui sera discutée en plénière le 31 mars serait une avancée importante pour parvenir à éviter que ces crimes ne puissent se reproduire.

    Les personalités et organisations suivantes ont manifesté leur soutien à cette campagne et appellent à l'ouverture d'une enquête (vous souhaitez aussi manifester votre soutien publiquement? cliquez ici)

    Mme Danielle Auroi - députée du Puy-de-Dôme (3ème circonscription)
    Mr François Loncle - député de l'Eure (4ème circonscription), ancien ministre
    Mme Laurence Abeille - députée du Val de Marne (6ème circonscription)
    Mr Sergio Coronado - député des Français hors de France (2ème circonscription)
    Mr Paul Molac - député du Morbihan (4ème circonscription)
    Mr Pascal Durand - député européen (Ile de France)
    Terre des Hommes - organisation
    France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand
    Emmaüs International
    L'Union Fédérale des Retraités de la Construction-Bois-Ameublement CGT ( UFRCBA-CGT)
    Organisation pour une citoyenneté universelle - O.C.U

    *

    Qatar,les dieux du foot sont tombés sur la tête
    Coupe du Monde 2022

  • Zépure Medzbakian l'Arménienne

    Pin it!

    zepur-cc2f7.jpg

    "Zepur Medzbekian avait 95 ans en 1995 lorsque Zoé Varier l’a rencontrée à la maison de retraite arménienne de Montmorency. C’est un des témoignages les plus bouleversants de l’histoire de Là-bas si j’y suis. A écouter sur le site

     C’est d’abord quelque chose de profond qui passe entre Zepur et Zoé, puis toute l’émotion, la force et la précision de ce témoignage à vif et à nu qui a frappé des millions d’auditeurs, qui pour beaucoup ont découvert alors le génocide des Arméniens par la voix de Zepur et son « français cassé ». 

    « Quand je suis partie, j’étais seule, (...) j’avais juste un tablier de l’école et un manteau, j’avais 14 ans.(...) 

Un mois après j’ai trouvé ma mère dans un autre groupe, toute nue, une chemise de nuit, les cheveux, il n’y a pas de peigne pour peigner, j’ai senti comme une mendiante ma mère, 
j’étais très bouleversée. Alors comme ça nous sommes ensemble, continuer notre chemin. J’avais deux frères, deux sœurs plus petits que moi. 

Après huit jours à peine, mon frère est mort, huit ans, le matin je suis levée, il est mort à côté de moi. (...) 
Après quelques jours, c’est ma mère mort ou pas mort je ne sais pas. Nous sommes tombés dessus pour pleurer et le gendarme est venu "Allez ! Marchez ! Marchez !" (...) En pleurant nous avons quitté ma mère qui était mort ou pas mort, je ne sais pas. "Allez ! Marchez ! Marchez !" Qui est mort, il reste ! Ma mère était chaude quand nous sommes partis (...) on a pas laissé même pleurer un peu. »

    >  Dans la série Mémoire de l’émission de Daniel Mermet « Là-bas si j'y suis ».

    > Sur le site Collectif VAN - Vigilance Arménienne contre le Négationnisme, des retranscritpions de l'interview de Zépure Medzbakian ansi que sur le site sur le site Airgrige 

     

     

  • Morts en Méditerranée. La honte de l’Europe -LDH

    Pin it!

    Communiqué LDH

    Morts en Méditerranée. La honte de l’Europe

    Les résultats du Conseil européen qui s’est tenu le 23 avril 2015 ne peuvent que susciter la colère. Une fois de plus, l’Union européenne se refuse à traiter la question des migrants et des réfugiés sous un autre angle que celui d’une forteresse qui serait assiégée par des hordes d’étrangers, tout en versant de chaudes larmes sur ces pauvres victimes des passeurs. Nier ainsi la responsabilité essentielle de l’Europe dans ce scandale, c’est faire preuve de cynisme et d’hypocrisie. Dans ce concert, la France a pris toute sa place en se bornant à promettre de recevoir quelques centaines de réfugiés syriens. En se contentant de mesures quantitatives, même si elles sont utiles, en ne changeant pas de politique migratoire, en refusant de mettre en œuvre les moyens nécessaires à l’accueil des réfugiés, en donnant le pitoyable spectacle d’un manque de solidarité et de pays cherchant à en faire moins que le voisin, l’UE adresse au monde un terrible message : continuez à mourir chez vous ou en mer, l’UE sera là pour assurer le service mortuaire. Les Européens peuvent avoir honte de leurs gouvernements, les Français en particulier.

    Paris, le 24 avril 2015

    LDH France sur Twitter :
    @LDH_Fr

    @LDHToulon