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Histoire

  • Le mur des Fédérés morts pour la république

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    Le samedi 27 mai 1871, à la fin de la " semaine sanglante " qui marque la fin de la Commune de Paris, les troupes versaillaises parviennent à investir le cimetière du Père-Lachaise où des fédérés se sont repliés. Après une résistance de plusieurs heures dans ce camp retranché, cent quarante-sept communards sont arrêtés puis fusillés contre le mur est de l’enceinte du cimetière. C'est en leur souvenir qu'une section de la muraille est appelée le "Mur des Fédérés".

    Le mur des fédérés, Ernest Pichio

    Dans les années suivantes, d'anciens communards, leurs proches et leurs amis, commémorent le massacre en fleurissant ce terrain à l’accès interdit ou étroitement surveillé par la police. 

    Dès 1880, c'est au tour de militants politiques de gauche, de syndicalistes et de francs maçons de cultiver tous les ans, par une " montée au Mur ", cet héritage disputé, parfois très violemment, entre les différentes tendances du mouvement ouvrier.  

    Front populaire

    24 mai 1936 :manifestation du Front populaire au mur des Fédérés :   Sur le site Gallica BnF, d'autres photographies de l' Agence Meurisse 

    Discours de Léon Blum

    Le Populaire, dimanche 24 mai 1936

     

    f1.highres

     

    3992716853.pngVIVE la Commune! Vive le Gouvernement de Front Populaire !... Ces deux cris ne sont pas rapprochés Arbitrairement l'un de l'autre pour les besoins de l'actualité. Ils traduisent la même vérité. Ils expriment le même espoir. Pour reprendre la formule inscrite hier dans  la manchette du « Populaire » la commémoration des morts de la Commune dira l'espoir vivant des hommes d'aujourd'hui. Ils sont morts pour la Liberté. ils sont morts pour la Justice sociale. Ils sont morts pour la Répuhlique. Ils sont morts pour tout et que le Front Populaire incarne. Les combattants héroïques des bar ricades - à Paris et dans les villes de province, levées à l'appel de  Paris  - ont payé de leur sang la salut de la démocratie.

    Une répression féroce les a décimés. Ceux qui avaient échappé aux fusillades méthodiques de Satory, sont partis pour le bagne ou pour l'exil.

    On les croyait vaincus, extirpés à jamais . Mais ces vaincus étaient cependant des vainqueurs. sans la Commune révolutionnaire la réaction monarchique et cléricale se fut installée souverainement en France. Thiers avait écrasé la Commune, et c'est la Commune qui imposa la République à Thiers. C'est le souvenir légendaire de la Commune, c'est la leçon de ses forçats et de ses proscrits qui préserva et qui prolongea la grande tradition de la démocratie sociale.

    Jamais, en France, on n'a pu séparer impunément ces deux forces vivantes l'idée républicaine, la passion révolutionnaire du peuple. Le Rassemblement Populaire contre la menace fasciste, la victoire électorale du 26 avril et du 3 mai sont dus à la combinaison de ces deux forces.

    Nous avons donc le droit d'invoquer aujourd'hui  en leur disant : : « Notre victoire est la vôtre.. Vive la Commune ! Vive le  Front Populaire ! »

    *

    >  Le Mur des Fédérés -  L'Histoire par l'image

    >  Les montées au Mur - Les maies et amis de la Commune de Paris - 1871

    > Le Populaire, 24 mai 1936 : " Vive la Commune! Vive le Front populaire!"

    > L'Humanité, 25 mai 1936 : " 600 000 au Mur"

  • Eugène Varlin - 28 mai 1871

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    "L’histoire finira par voir clair et dira que nous avons sauvé la République ».

    Eugène Varlin

    Eug%C3%A8ne_Varlin_by_Vallotton.jpgFigure du mouvement ouvrier et militant de la commune de Paris, Eugène Varlin, ouvrier relieur, fut un des pionniers du mouvement ouvrier français.  Fondateur en 1857 de la Caisse de secours mutuel de sa corporation. Il adhéra à l' Association Internationale des Travailleurs dès 1865.
    En 1871, il fut un des principaux dirigeants de la Commune de Paris et membre de sa commission des finances.  Il sera assassiné par les Versaillais le 28 mai 1871.

    Louise Michel, dans  La Commune, décrit l'arrestation d'Eugène Varlin.

    3992716853.pngCe dimanche-là, du côté de la rue de Lafayette fut arrêté Varlin : on lui lia les mains et son nom ayant attiré l’attention, il se trouva bientôt entouré par la foule étrange des mauvais jours.

    On le mit au milieu d’un piquet de soldats pour le conduire à la butte qui était l’abattoir.

    La foule grossissait, non pas celle que nous connaissions houleuse, impressionnable, généreuse, mais la foule des défaites qui vient acclamer les vainqueurs et insulter les vaincus, la foule du væ victis éternel.

    La Commune était à terre, cette foule, elle, aidait aux égorgements.

    On allait d’abord fusiller Varlin près d’un mur, au pied des buttes, mais une voix s’écria : — Il faut le promener encore ; d’autres criaient : — Allons rue des Rosiers. Les soldats et l’officier obéirent ; Varlin toujours les mains liées, gravit les  buttes, sous l’insulte, les cris, les coups ; il y avait environ deux mille de ces misérables ; il marchait sans faiblir, la tête haute, le fusil d’un soldat partit sans commandement et termina son supplice, les autres suivirent. — Les soldats se précipitèrent pour l’achever, il était mort.

    Tout le Paris réactionnaire et badaud, celui qui se cache aux heures terribles n’ayant plus rien à craindre vint voir le cadavre de Varlin. Mac-Mahon secouant sans cesse les huit cents et quelques cadavres qu’avait faits la Commune, légalisait aux yeux des aveugles, la terreur et la mort.

    Vinoy, Ladmirault, Douay, Clinchamp, dirigeaient l’abattoir écartelant, dit Lissagaray, Paris, à quatre commandements.

    Combien eût été plus beau le bûcher qui, vivants nous eût ensevelis, que cet immense charnier ! Combien les cendres semées aux quatre vents pour la liberté eussent moins terrifié les populations, que ces boucheries humaines ! Il fallait aux vieillards de Versailles ce bain de sang pour réchauffer leurs vieux corps tremblants."

    *

    Et voici comment le journal anti-communard Le Tricolore racontait la mort de Varlin, dénoncé par un prêtre, et qui illustre à quel point la bourgeoisie était terrorisée par la Commune  de Paris.

    3992716853.pngDimanche dernier, vers trois, heures  de l'après-midi, les promeneurs, très nombreux, ont pu voir, rue Lafayette, l'arrestation de Varlin, membre de la  Commune, ex-délégué au  ministère des finances.
    »  Il était assez pauvrement vêtu et était entouré de quatre soldats conduits par un officier, qui venaient de s'emparer de sa personne.
    » Après l'avoir fouillé, on lui lia les mains, puis il fut dirigé vers les buttes Montmartre.
    » Au moment de son arrestation, il n'y avait que sept ou huit personnes croyant  assister à la prise d'un simple fédéré, mais, au même instant, Un passant, probablement mieux informé que les autres,  s'écria: C'est Varlin ! Les personnes présentes à cette exclamation se mirent à la suite des quatre soldats, remplissant  dans  ce moment les fonctions de gardiens de cet  homme, qui n'avait pas craint de coopérer au commencement de la  destruction de Paris.
    »  La foule grossissait de plus en plus, et on arriva avec beaucoup de peine au bas des buttes Montmartre, où le prisonnier fut conduit devant un général dont nous n'avons pu retenir le nom; alors l'officier de service chargé de cette triste  mission, s'avança et causa quelques instants avec le général, qui lui répondit d'une voix basse et grave : Là, derrière ce  mur.
    » Nous n'avions entendu que ces quatre mots et quoique nous doutant de leur signification, nous avons voulu voir jusqu'au bout la fin d'un des acteurs de cet affreux drame que nous avons vu se dérouler devant nos yeux depuis plus de deux mois; mais la vindicte publique en avait décidé autrement. Arrivé à l'endroit désigné, une voix, dont nous n'avons pu reconnaître l'auteur et qui fut immédiatement suivie de beaucoup d'autres, se mit à crier : II faut le promener encore, il est trop tôt. Une voix seule alors ajouta : Il faut que justice soit faite rue des Rosiers, où ces misérables ont assassiné les généraux Clément Thomas et Lecomte.
    » Le triste cortège alors se remit en marche, suivi par près de deux mille personnes; dont la  moitié appartenait à la population de Montmartre.
    » Arrivé rue des Rosiers, l'état-major ayant son quartier général dans cette rue s'opposa à l'exécution.
    » Il fallut donc, toujours suivi de cette foule augmentant à chaque pas, reprendre le chemin des buttes Montmartre. C'était de plus en plus funèbre, car, malgré tous les crimes que cet homme avait pu commettre, il marchait avec tant de fermeté, sachant le sort qui l'attendait depuis plus d'une heure, que l'on arrivait à souffrir d'une aussi longue agonie.
    » Enfin, le voilà arrivé; on l'adosse au mur, et pendant que l'officier faisait ranger ses hommes, se préparant à commander le feu, le fusil d'un soldat, qui était sans doute mal épaulé, partit, mais le coup rata ;— immédiatement les autres soldats firent feu, et Varlin n'existait plus.
    » Aussitôt après, les soldats, craignant sans doute qu'il ne fût pas mort, se jetèrent sur lui pour l'achever à coups de crosse; mais l'officier leur dit : »  Vous voyez bien qu'il est mort; laissez-le. »

    Le Tricolore, 1er juin 1871, cité dans
    " les Huit journées de mai derrière les barricades " par  Lissagaray - p.179.

     

    > Louise Michel, la Commune - Classiques Uqac Ca

    >   " les Huit journées de mai derrière les barricades " par  Lissagaray- Gallica BnF

    > Eugène Varlin : Aux origines du mouvement ouvrier et du syndicalisme - http://www.commune1871.org

     

  • Marcel Audin, assassiné par la racaille

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    À quand des aveux complets ? "L’Etat fait encore un petit pas dans l’affaire Audin" - 14 janvier 2018


    arton6926-c86e2.jpg?1515880564"A l’occasion, le 12 janvier, d’une réunion d’hommage au mathématicien Gérard Tronel, fondateur de l’Association Maurice Audin récemment décédé, Cédric Villani est intervenu sur l’affaire Audin. Il a dit qu’après en avoir parlé avec le président de la République, Emmanuel Macron, il pouvait déclarer que : « Maurice Audin a été exécuté par l’Armée française ». C’est un petit pas de plus de la part de l’Etat français vers l’aveu de la vérité… accompagné de beaucoup d’hypocrisie et de lâcheté."

    La suite de l'article sur le site Histoire coloniale et post-coloniale :
    http://histoirecoloniale.net/L-Etat-fait-encore-un-petit-pas-dans-l-affaire-Audin.html

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  • Mirbeau : La Grève des électeurs

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    Octave Mirbeau, photo

    Octave Mirbeau. La Grève des électeurs - Le Figaro 28 novembre 1888

    3992716853.pngUne chose m’étonne prodigieusement, j’oserai dire qu’elle me stupéfie, c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose.

    Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?

    Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ?

    Et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ?

    Nous l’attendons.

    Je comprends qu’un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l’Opéra-Comique des dilettanti, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s’obstinant à chercher des rimes ; je comprends tout.

    Mais qu’un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n’importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu’elle soit, trouve un électeur, c’est-à-dire l’être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m’étais faites jusqu’ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, â chauvin !

    Il est bien entendu que je parle ici de l’électeur averti, convaincu, de l’électeur théoricien, de celui qui s’imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l’électeur « qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu’une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain.

    Sa souveraineté à celui-là, c’est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait.

    Mais les autres ?

    Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu’ils se regardent et se disent : « Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d’hommes, et Baudry d’Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu’ils soient, n’ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur œuvre ?

    Comment peut-il arriver qu’il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l’y oblige, sans qu’on le paye ou sans qu’on le soûle ?

    À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d’une volonté, à ce qu’on prétend, et qui s’en va, fier de son droit, assuré qu’il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu’il ait écrit dessus... Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ? Qu’est-ce qu’il espère ?

    Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l’assomment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu’il voie, au travers d’un mirage, fleurir et s’épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat.

    Et c’est cela qui est véritablement effrayant.

    Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.

    Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu’un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l’écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu’il n’a qu’une raison d’être historique, c’est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.

    Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ?

    Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces.

    Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours.

    Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.

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  • Assassinat d'Ibrahim Ali : la haine n'est jamais ordinaire

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    Il y a 20 ans,  le 21 février 1995, durant la campagne pour les élections présidentielles, Ibrahim Ali était assassiné par des colleurs d’affiches du Front National. Ce jeune Marseillais âgé de 17 ans  sortait d'une répétition avec son groupe de rap B-Vice. 

    3992716853.pngJean-Marie Guillon : " Alors que la campagne pour les élections présidentielles bat son plein, un adolescent d'origine comorienne, Ibrahim Ali, 17 ans, est tué à Marseille par des colleurs d'affiches du candidat du FN, Jean-Marie Le Pen. Le meurtre a lieu le 21 février à 23h15 au carrefour des Aygalades, dans le XVe arrondissement. Les trois colleurs d'affiches adhèrent totalement aux idées de l'extrême droite. Ils sont persuadés d'aller au front, en territoire ennemi, en portant la propagande du Front National dans les quartiers Nord où la population issue de l'immigration est importante et où la gauche est solidement implantée. Les affiches qu'ils collent ne proclament-elles pas "Avec Le Pen, 3 millions d'immigrés rapatriés" ?

    La référence à la guerre d'Algérie est une constante de la propagande d'une extrême droite nostalgique de l'Algérie française et de l'Empire colonial. Parmi les colleurs d'affiches, deux sont originaires d'Afrique du Nord, dont le meurtrier, Robert Lagier, né à Alger, 63 ans auparavant et rapatrié en 1962. Le troisième homme est, lui, fils d'un immigré du sud de l'Italie. Comme Lagier, c'est un passionné d'armes à feu. Il a tiré deux fois avec un 7,35 sur le groupe de jeunes, Lagier, trois fois avec un calibre 22 long rifle, car les colleurs d'affiches ne partaient pas dans leurs expéditions sans armes. Ces hommes, d'extraction modeste, chef de chantier au chômage, maçon et ébéniste, sont représentatifs de toute une frange des militants du FN de type "petits blancs". Une dizaine de jeunes ont déboulé en courant vers l'arrêt du bus, avec leur matériel de musique. Ils venaient du centre culturel Mirabeau où ils préparaient un concert de rap en solidarité avec les victimes du Sida. Les colleurs d'affiches diront avoir été agressés, ce que l'enquête n'a pas confirmé. Ils sont sortis de leur voiture et ont tiré. Ibrahim Ali a été tué dans le dos. Jugés par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône en juin 1998, ils seront convaincus de crime raciste et condamnés à la prison, 15 ans pour Lagier, le meurtrier, 10 ans pour d'Ambrosio, 2 ans dont un avec sursis pour Giglio qui n'était pas armé.

    Le FN a pris fait et cause pour ses militants, d'abord en arguant de la légitime défense, puis d'une façon plus embarrassée et au prix de quelques reculades. Le délégué général du FN, Bruno Mégret, qui n'a pu se faire élire à Vitrolles, se voit bien en futur chef du parti. Il en profite pour se placer en pointe et prendre fait et cause pour les trois hommes, n'hésitant pas à affirmer qu'ils étaient menacés de mort et qu'ils ont tiré en l'air. C'est l'occasion pour lui de s'imposer dans le parti sur une ligne "dure" et de placer ses hommes dans l'appareil.

    À l'ouverture du procès de juin 1998, les amis de la victime ont apposé une plaque là où il avait été tué. On peut y lire : "Ici est mort Ibrahim Ali, à l'âge de 17 ans, victime de l'intolérance et de la haine, en rentrant d'une répétition de théâtre et de musique le 21 février 1995".  (Un jeune Comorien assassiné par des militants du Front National  Repères Méditerranéens.)

     

    > Un jeune Comorien assassiné par des militants du Front National  INA-Repères Méditerranéens.

    > Les faits sur le site Wikipedia

     

  • 8 février 1962 : de Gaulle et Charonne

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    8 février 1962 : une manifestation anti OAS (Organisation Armée Secrète) à Paris est violemment réprimée par la police sous les ordres de Maurice Papon. Bilan : 9 morts. Huit manifestants communistes - dont un adolescent de quinze ans - et un journaliste de L'Humanité qui décèdera trois mois plus tard de ses blessures.

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    Le préfet de police gaulliste Papon sera condamné par la cour d’assises de la Gironde, le 2 avril 1998, à dix ans de prison ferme pour complicité de crimes contre l’humanité durant l'occupation nazie. Il lui sera reproché d’avoir apporté son " concours actif  à l’arrestation puis à la déportation des 72 victimes. "

     

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  • 4 août 1789 : la nuit des dupes

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    " Nos philosophes répondent que les pauvres, qui dorénavant prendront tout, ne demanderont plus rien. Mais où trouveront-ils de quoi prendre, à moins d'un massacre général "

    Rivarol

    3992716853.pngIl n'est pas douteux que quelques zélateurs de Jean-Jacques et de la révolution d'Amérique n'aient eu le projet, dès le début, d'anéantir les ordres et de donner pour tout appui au trône des formes et des principes démocratiques. On appelle cela une conjuration ; mais malgré le succès inespéré de ces tentatives, on aperçoit plutôt des conjurés qu'une conjuration. On ne sait comment, sans plan, sans but déterminé, des hommes divisés par leurs intentions, leurs mœurs, leurs intérêts, ont pu suivre la même route, et arriver de concert à une subversion totale."

    Mémoires du constituant Pierre-Victor Malouet

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    Dessin de Monnet, gravé par Helman

    La séance historique, devenue légendaire, avait pourtant  commencé  par l’examen d’un décret visant à restaurer l’ordre et la loi en France.

    La Grande Peur poussait en effet les campagnards frappés par la disette à piller les châteaux, à brûler les documents où étaient consignés les droits féodaux et, plus généralement, à toucher aux intérêts de la noblesse et  à ceux de la bourgeoisie.

    Tout ceci incitait les députés à défendre la propriété soit par la force soit par des concessions.  Dans un premier temps il s'agissait de rappeler au peuple le respect dû à une légalité devenue toute théorique.

    La force
    - Protéger le droit sacré de la propriété -

    3992716853.png L'Assemblée nationale, considérant que, tandis qu'elle est uniquement occupée d'affermir le bonheur du peuple sur les bases d'une constitution libre, les troubles et les violences qui affligent  les différentes provinces, répandent l'alarme dans les esprits, et portent l'atteinte la plus funeste au droit sacré de la propriété et de la sûreté des personnes ;

     Que ces désordres ne peuvent que ralentir les travaux de l'Assemblée et servir les projets criminels des ennemis du bien public;

     Déclare que les lois anciennes subsistent et doivent être exécutées , jusqu'à ce que l'autorité de la nation les ait abrogées ou modifiées ;

     Que les impôts, tels qu'ils étaient, doivent continuer d'être perçus aux termes de l'arrêté de l'Assemblée nationale du 17 juin dernier, jusqu'à ce qu'elle ait établi des contributions et des formes moins onéreuses au peuple ;

     Que toutes les redevances et prestations accoutumées doivent être payées comme par le passé , jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné par l'Assemblée;

     Qu'enfin les lois établies pour la sûreté des personnes et pour celle des propriétés, doivent être universellement respectées.

    La présente déclaration sera envoyée dans toutes les provinces , et les curés sont invités à la faire connaître à leurs paroissiens , et à leur en recommander l'observation. "

    Les concessions
    - Faire céder des intérêts particuliers à l'intérêt général -

    Puis, au cours des débats,  deux représentants de la haute aristocratie - le vicomte de Noailles, seigneur ruiné, et le richissime duc de l'Aiguillon - proposèrent, pour ramener le calme dans les provinces, d'en finir avec les droits seigneuriaux et d’instaurer un impôt proportionnel aux revenus. La veille, l'un et l'autre avaient déjà fait savoir qu'ils renonçaient  à leurs droits féodaux. Le vicomte de Noailles prit la parole, secondé par le duc de d'Aiguillon - ainsi que le rapporte le Moniteur, rédigé au mois de novembre 1789 :

    3992716853.pngComment l'établir, ce gouvernement ? Par la tranquillité publique. Comment l'espérer, cette tranquillité ? En calmant le peuple, en lui montrant qu'on ne lui résiste que dans ce qu'il est intéressant pour lui de conserver. Pour parvenir à cette tranquillité si nécessaire, je propose :

    1. Qu'il soit dit, avant la proclamation projetée par le comité, que les représentants de la nation ont décidé que l'impôt sera payé par tous les individus du royaume, dans la proportion de leurs revenus ;
    2. Que toutes les charges publiques seront à l'avenir supportées également par tous ;
    3. Que tous les droits féodaux seront rachetables par les communautés, en argent, ou échangés sur le prix d'une juste estimation , c'est-à-dire d'après le revenu d'une année commune, prise sur dix années de revenu ;
    4. Que les corvées seigneuriales, les mains-mortes et autres servitudes personnelles seront détruites sans rachat.

    A l'instant un autre député noble, M. le duc d'Aiguillon, propose d'exprimer avec plus de détail le vœu formé par le préopinant ; il le conçoit ainsi : 

    3992716853.png Messieurs, il n'est personne qui ne gémisse des scènes d'horreur dont la France offre le spectacle. Cette effervescence des peuples, qui a affermi la liberté lorsque des ministres coupables voulaient nous la ravir, est un obstacle à cette même liberté dans le moment présent, où les vues du gouvernement semblent s'accorder avec nos désirs pour le bonheur public.
    Ce ne sont point seulement des brigands qui, à main armée, veulent s'enrichir dans le sein des calamités : dans plusieurs provinces, le peuple tout entier forme une espèce de ligue pour détruire les châteaux, pour ravager les terres, et surtout pour s'emparer des chartriers, où les titres des propriétés féodales sont en dépôt.
    Il cherche à secouer enfin un joug qui, depuis tant de siècles, pèse sur sa tête; et il faut l'avouer, messieurs, cette insurrection, quoique coupable (car toute agression violente l'est), peut trouver son excuse dans les vexations dont il est la victime. Les propriétaires des fiefs, des terres seigneuriales, ne sont, il faut l'avouer, que bien rarement coupables des excès dont se plaignent leurs vassaux ; mais leurs gens d'affaires sont souvent sans pitié et  et le malheureux cultivateur, soumis au reste barbare des lois féodales qui subsiste encore en France, gémit de la contrainte dont il est la victime.
    Ces droits, on ne peut se le dissimuler, sont une propriété , et toute propriété est sacrée ; mais ils sont onéreux aux peuples, et tout le monde convient de la gène continuelle qu'ils leur imposent.

    La Nuit du 4 août. Réimpression de l'ancien Moniteur

    3992716853.pngAu cours de la séance -  qui dura jusqu'à 3 heures du matin - il n'est pas impossible non plus que " dans une situation de crise, les dynamiques propres de l’assemblée ont pu entraîner des députés à adopter des positions révolutionnaires qui, quelques semaines auparavant, leur auraient paru totalement inconcevables."(Laurent Bonelli)

    - Lâcher le superflus, conserver l'essentiel -

    Ce que certains appelèrent la "nuit des sacrifices" -  que d'autres appelèrent "la nuit des dupes",  la "Saint-Barthélémy des propriétés" ou encore " l'orgie législative " - fut , au départ, une tentative pour  ramener le calme dans les provinces et empêcher l'incendie de se propager et de réduire en cendre la monarchie elle-même.

    Passé le moment d'euphorie,  les députés décideront  que seuls les droits féodaux pesant sur les personnes seront abolis sans indemnité (ce qui était le cas notamment pour la  dîme) tandis que d'autres devront être rachetés (comme  les cens et les champarts ). Les décrets ne seront rédigés que le 11 août et Louis XVI sera contraint d'accorder sa sanction  le 5 octobre 1789.

    Dans la nuit du 4 août 1789 disparaissait une ancienne France, déjà  moribonde, fondée sur les  structures archaïques de la féodalité. L'aristocratie laissait la place à la bourgeoisie. Et si les privilèges exorbitants étaient abolis, le patrimoine restait intact.

    Depuis de nombreuses années, l'abolition des privilèges est devenue synonyme d'attaque en règle des acquis sociaux.

    *

    Antoine Rivarol - extrait du Journal

    Rivarol, essayiste et pamphlétaire, condamnera cette révolution qu'il ne comprenait pas : " Je ne crains pas de le dire, dans cette Révolution tant vantée, princes du sang, militaires, députés, philosophes, militaires, tout a été mauvais, jusqu'aux assassins." Rivarol émigrera et mourra en exil à Berlin.

    3992716853.pngCe fut la nuit du 4 août que les démagogues de la noblesse, fatigués d'une longue discussion sur les droits de l'homme, et brûlant de signaler leur zèle, se levèrent tous à la fois, et demandèrent à grands cris les derniers soupirs du régime féodal. Ce mot électrisa l'Assemblée. (...)

    Le feu avait pris à toutes les têtes. Les cadet si de bonne maison, qui n'ont rien, furent ravis d'immoler leurs trop heureux aînés sur l'autel de la patrie; quelques curés de campagne ne goûtèrent pas avec moins de volupté le plaisir de renoncer aux bénéfices des autres : mais ce que la postérité aura peine à croire, c'est que le même enthousiasme gagna toute la noblesse ; le zèle prit la marche du dépit ; on fit sacrifices sur sacrifices : et comme le point d'honneur chez les Japonais est de s'égorger en présence les uns des autres, les députés de la noblesse frappèrent à l'envi sur eux-mêmes , et du même coup sur leurs commettants.

    Le peuple, qui assistait à ce noble combat, augmentait par ses cris l'ivresse de ses nouveaux alliés ; et les députés des communes, voyant que cette nuit mémorable ne leur offrait que du profit, sans honneur, consolèrent leur amour-propre, en admirant ce que peut la noblesse entée sur le tiers-état. Ils ont nommé cette nuit la nuit des dupes ; les nobles l'ont nommée la nuit des sacrifices. (... )  et tous ces noms, jadis si obscurs, qui enrouent aujourd'hui la renommée, ont fait du bruit sans acquérir de la gloire : car le bruit ne chasse pas l'obscurité, mais la gloire est comme la lumière. Il n'y a donc de mémorable dans l'Assemblée que l'Assemblée même.

     

     04/08/201