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de Gaulle et la fuite à Baden-Baden

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Le 29 mai 1968, en pleine "chienlit "et à l'insu de tous, le général de Gaulle tire sa révérence et part en voyage, disparaît, fuit en Allemagne dans une enceinte militaire. Il veut s'assurer du soutien de l'armée face à ce mai qui secoue son pouvoir.

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En France la droite et son régime ne sont plus à la fête :

  • Les accords coupe-feu de Grenelle, négociés dans l'urgence par les représentants du gouvernement Pompidou, des syndicats et des organisations patronales sont rejetés par la base ne mettent pas fin à la grève. ( Le Grenelle de Mai 68 : Où va la CGT ? );

  • Le 27 mai, l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) organise un meeting au stade Charléty qui rassemble 30 000 à 50 000 personnes;

  • Le 28 mai, François Mitterand fait une conférence de presse où il annonce sa candidature à la présidence de la République et son choix de Mendes-France comme premier ministre. Waldreck Rochet demande la participation des communistes au Gouvernement;

  • le mercredi - jour du conseil des ministres - une manifestation est organisée par la CGT. La coupe est pleine : de Gaulle ajourne le conseil des ministres et disparaît à Baden-Baden pour 24 heures, laissant planer un doute sur la continuité du pouvoir.

Par crainte que cette disparition ne provoque une crise plus grave, Pompidou, à l'issue du Conseil des ministres, annonce qu'il ira à l'Assemblée faire une déclaration :

" Ceci n'ayant pour but que "d'authentifier en quelque sorte le Conseil du jeudi et le rendre crédible". A tout hasard, il fait également alerter la télévision, disant qu'il serait peut-être amener à parler le soir même comme il l'a fait si souvent ces dernières semaines... " Ayant pris mes précautions, raconte Pompidou, je n'avais plus qu'à attendre."  (L'accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud)

*

- Disparition du "Sauveur de la France" -

"Je ne dors plus ici, j'ai besoin de me refaire à la campagne..."

Arrivé en hélicoptère au camp militaire de Baden, en Allemagne, de Gaulle rencontrera le général d'armée - l'ex-chef des parachutistes - Massu, commandant les forces françaises en Allemagne ainsi que le gouverneur militaire de Metz, commandant la VIe région militaire.


29 mai 1968, la journée où le général de Gaulle disparaît à Baden ...

Le haut niveau de préparation du grand stratège et tacticien n'est pas au rendez-vous, comme le rapporte son ancien aide de camp François Flohic :

[...] Je téléphone à Massu :
" Nous sommes là.
- Qui nous?
- Le Général et Mme de Gaulle.
- Laisse-moi cinq minutes, je faisais la sieste à poil sur mon lit."

On saura plus tard qu'il avait reçu la veille le maréchal Kochevoï, commandant des troupes soviétiques en RDA. La soirée avait été plutôt arrosée!

Je constate alors que Philippe de Gaulle et sa famille nous ont rejoints. Depuis le putsch de 1962, le Général craignait qu'on prenne les siens en otage.

Le président apostrophe Massu: "Tout est foutu! " Le baroudeur lui répond du tac au tac: "Un homme de votre prestige a encore des moyens." Une conversation d'une dizaine de minutes entre les deux hommes s'ensuit.

15 h 20. Le chef de l'État m'interpelle: "Que va-t-il se passer maintenant? Je ne suis plus en France, le Conseil constitutionnel va constater ma déchéance."

Je tente de le rassurer: "Vous êtes encore en France, le pavillon tricolore flotte sur la pelouse et vous détenez la majorité au Conseil constitutionnel, dont le président, Palewski, vous est fidèle."

les chefs militaires consultés assurèrent le général de Gaulle de leur loyauté : le cas échéant l'armée garantirait la sécurité des élections générales annoncées pour le 30 mai 1968.
Un plan prévoyait même l'implantation d'un PC opérationnel a Verdun au cas où des troupes françaises ramenées d'Allemagne auraient à intervenir... ( "Une journée à Baden-Baden" L' Express - extraits)

> INA - 29 mai 1968… Le général de Gaulle disparaît : ruse ou burn out?

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- Résurrection du "Sauveur de la France" -

Rassuré par le soutien de l'armée et remis de ses émotions, de Gaulle réapparaît le 30 mai. Dans une allocution radiodiffusée où il affirme "Je ne me retirerai pas" ( voir plus bas), il annonce la dissolution de l'Assemblée nationale car la démocratie façon Cinquième république ne supporte pas la moindre opposition.

l'allocution sera suivie par une gigantesque manifestation de soutien sur les Champs-Elysées et, quelques semaines plus tard, des élections triomphales rétabliront son autorité.

Outre la menace agitée de dictature du peuple, la crainte panique du communisme, il y est également fait mention du référendum-plébiscite qui lui coûtera pourtant son trône en avril 1969.

L' utilisation de ce procédé par le général de Gaulle, sous couvert de démocratie, lui permis pour une part de contourner les partis politiques et d'ignorer jusqu'aux parlementaires, les godillots d'un parlement croupion.

Sur les conseils de Jacques Foccart, l'éminence grise africaine du général, l'allocution radiodiffusée prévue pour 20 heures est avancée à 16 h 30 de manière à permettre aux hésitants ralliés de rejoindre la manifestation de soutien fixée à 18 heures.

Le parti de la crainte bien cornaqué y défilera aux cris de : " Le communisme ne passera pas ! ", " Le drapeau, c'est bleu-blanc-rouge ! ", " La France aux Français ! ", " Liberté du travail ! ", " Vidangez la Sorbonne ! ", " Cocos au poteau ! "...

" Le fier cortège gaulliste "

En partant de la gauche, le second est Jacques Foccart, au centre, levant les bras, Michel Debré, et à sa droite André Malraux. On distingue la tête de Gilbert Zemour entre ces deux derniers.


"Gilbert Zemour et toutes les anciennes barbouzes d’Algérie, les hommes de maître Lemarchand qui avaient combattu l’OAS après le FLN, étaient mobilisés. Le régime, Pasqua et Foccart en tête, craignaient une attaque armée des gauchistes. Gilbert et des dizaines d’autres, des voyous ayant été sortis de prison pour l’occasion, certains armés, avaient pour mission de veiller au grain, en nouveaux mercenaires du régime. C’est ainsi que le bon Gilbert (mort violemment en 1983 en promenant son chien), était à deux doigts de la tombe du soldat inconnu, avec la République entre ses mains." ("Quand la pègre défilait, en Mai 68, aux côtés des gaullistes " Jacques-Marie Bourget)

 

> « Le pouvoir est dans la rue ». 30 Mai 1968 la « manifestation gaulliste » des Champs-Elysées - Frank Georgi - Revue Vingtième Siècle. 1995 Vol 48- N° 48 - pp. 46-60

*

"L’intimidation, l’intoxication et la tyrannie."

Discours de Charles de Gaulle, le 30 mai 1968

 

" Françaises, Français, étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine j’ai envisagé depuis vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir. J’ai pris mes résolutions. Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J’ai un mandat du peuple, je le remplirai, je ne changerai pas le premier ministre dont la valeur, la solidité, la capacité méritent l’hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd’hui l’assemblée nationale.

J’ai proposé au pays un référendum qui donnait aux citoyens l’occasion de prescrire une réforme profonde de notre économie et de notre université et en même temps de dire s’ils me gardaient leur confiance ou non par la seule voie acceptable, celle de la démocratie.

Je constate que la situation actuelle empêche matériellement qu’il y soit procédé. C’est pourquoi j’en diffère la date.

Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans les délais prévus par la Constitution, à moins qu’on entende bâillonner le peuple français tout entier en l’empêchant de s’exprimer en même temps qu’on l’empêche de vivre par les mêmes moyens qu’on empêche les étudiants d’étudier, les enseignants d’enseigner, les travailleurs de travailler.

Ces moyens, ce sont l’intimidation, l’intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue main en conséquence, et par un parti qui est une entreprise totalitaire même s’il a déjà des rivaux à cet égard. Si donc cette situation de force se maintient, je devrai, pour maintenir la République, prendre, conformément à la Constitution, d’autres voies que le scrutin immédiat du pays. En tout cas, partout et tout de suite, il faut que s’organise l’action civique.

Cela doit se faire pour aider le gouvernement d’abord, puis localement les préfets devenus ou redevenus Commissaires de la République, dans leur tâche qui consiste à assurer autant que possible l’existence de la population et à empêcher la subversion à tout moment et en tout lieu.

La France en effet est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s’imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment essentiellement celui du vainqueur, c’est-à-dire celui du communisme totalitaire. Naturellement, on le colorerait pour commencer d’une apparence trompeuse en utilisant l’ambition et la haine de politiciens au rancart. Après quoi ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids, qui ne serait pas lourd. Eh bien non, la République n’abdiquera pas, le peuple se ressaisira, le progrès, l’indépendance et la paix l’emporteront avec la liberté. Vive la République. Vive la France! "

> Discours de Charles de Gaulle, le 30 mai 1968

 

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